21st June 2011
La première conclusion et ceci annule toutes les homélies et les discours actuels c’est qu’une société elle-même en voie de désintégration n’a aucune chance de pouvoir intégrer ses immigrés, puisqu’ils sont à la fois le résultat et l’analyseur sauvage de cette désintégration. La réalité cruelle c’est que si les immigrés sont virtuellement hors jeu, nous, nous sommes profondément en déshérence et en mal d’identité. L’immigration et ses problèmes ne sont que les symptômes de la dissociation de notre société aux prises avec elle-même. Ou encore: la question sociale de l’immigration n’est qu’une illustration plus visible, plus grossière, de l’exil de l’Européen dans sa propre société (Hélé Béji). La vérité inacceptable est là: c’est nous qui n’intégrons même plus nos propres valeurs et, du coup, faute de les assumer, il ne nous reste plus qu’à les refiler aux autres de gré ou de force.
Jean Baudrillard, Nique ta mère, su Libération, venerdì 18 novembre 2005. Qui la versione integrale.